
Name: Helmi Maria
I am Helmi Maria Holzheuer
At the moment I am living in Niamey - Niger but I am calling Australia home.
I work as a free lance travel writer.
Lewana on Au fil du Niger - pa...
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au fil du niger - part two
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« …nous déchargeons le matériel… …c’est une clairière herbeuse, bordée d’acacias et de caïcedras… » |
Photo n° 19
| « …trois énormes baobabs découpent leur silhouette dans le ciel… » |
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« …avant de disparaître dans la nuit, en silence, comme il est venu… » |
Photo n° 21
2 éme journée.
Il peut être 6h ou 6h30, je n’ai pas regardé ma montre, j’ai senti que c’était le moment, je voulais voir le soleil se lever sur le fleuve, je pensais être le premier à mettre le nez « dehors », Moussa et Boubacar m’ont devancé. L’un s’affaire déjà discrètement à la préparation du petit déjeuner, l’autre s’occupe du moteur.
Tout est calme, il fait encore sombre, mais un halo de lumière diffuse, là bas de l’autre coté du fleuve, derrière les collines, où s’abrite le village de Kirtachi, force imperceptiblement les ombres à reculer, redonne aux choses, leur forme, pas encore leur couleur…
Je profite du spectacle. Nous avons tous des souvenirs d’instants pareils, celui-ci me restera aussi. Il est propice aux pensées !
Maintenant, il fait jour sur notre campement, mes compagnons de voyage sont sortis de leur tente, les matelas s’empilent, les draps, les couvertures retrouvent leur sac protecteur, la douche verse encore son eau…une brosse à dents, un rasoir, électriques importent jusque dans ce coin de brousse africaine, la résonnance de leur fine technologie au service de l’hygiène …
Le petit déjeuner est servi dans les mêmes conditions que les repas précédents. Dans ce décor, éclairé d’une lumière neuve, dans les senteurs exacerbées du petit matin, chacun selon son goût apprécie café ou thé. Le boulanger n’est pas passé, pourtant les croissants sont là, le pain est frais. Moussa veille à satisfaire, au mieux, nos papilles, nos estomacs.
Un vieil homme, son long bâton appuyé sur les reins par ses deux bras en crochet, comme s’il avait été condamné à se tenir droit, mène ses deux vaches, passe au travers les restes du campement, nous salue d’un signe de la tête, sans se soucier d’avantage de ces envahisseurs d’une nuit.
Maintenant tout le matériel est remonté à bord, il ne manque plus que nous…Jean-Claude use de diplomatie, pour nous rappeler que la journée n’est pas finie, que nous avons d’autres choses à voir, d’autres gens à rencontrer, qu’il faut y aller. Nous quittons à regret l’endroit, mais bientôt, comme pour nous consoler, la voie fluviale, nous entraîne toujours plus au sud, nous offre à nouveau toutes ses beautés.
A présent, les rives se présentent plus escarpées, le fleuve semble s’être donné un peu plus de mal à creuser son lit dans le grès, des rochers affleurent par ci, par là, effilochant le courant. Moussa doit être vigilent, Boubacar attentif…parfois les eaux se font plus remuantes, pour la première fois depuis notre départ, le clapotis se fait bruyant sous l’étrave de la pirogue.
Là, le fleuve reprend ses aises, s’étale à nouveau, les eaux épanchées sont par endroit recouvertes d’un immense tapis d’herbes et de plantes aquatiques, les zones épargnées par cette végétation exubérante, reluisent au soleil, on dirait de grandes clairières tapissées de plaques d’argent. Mais vite la berge reprend de la hauteur.
Au fur et à mesure de notre descente, les embarcations venues du Bénin, remontant vers le haut Niger familles et marchandises, se font plus rares, quelques unes sont pourtant amarrées le long de la berge, l’instant de quelques ventes, de quelques échanges avec des groupes installés là pour la saison, le temps du débarquement de ceux qui sont arrivés.
Photo n° 22 |
« …mes compagnons sont sortis de leur tente, les matelas s’empilent … » |
| « …importent jusque dans ce coin de brousse africaine, la résonnance de leur fine technologie au service de l’hygiène… » |
Photo n° 23 |
Photo n° 24 |
« …un vieil homme mène ses vaches, sans se soucier d’avantage de ces envahisseurs d’une nuit… » |
| « …à regret, nous quittons l’endroit … » |
Photo n° 25 |
Immanquablement Boubacar est salué, sans perdre le fil de l’eau du regard, sans lâcher le gouvernail, il salue de son bras libre, réponds, échange quelques mots, donne des nouvelles, en reçois.
Aussi loin que nous puissions voir, nous apercevons des villages nichés dans des bouquets d’arbres et des troupeaux disséminés, parfois l’instant de notre passage, nous côtoyons de grands troupeaux de bœufs noirs à longues cornes que leurs propriétaires Peuls sont venus abreuver.
Jean-Claude nous explique : « les peuls sont aussi des nomades qui se déplacent avec leurs animaux, ils les fonts paître sur une largeur de cinquante kilomètres le long du fleuve. A la saison des pluies, surs de trouver de l’eau, ils peuvent aller plus loin encore, mais au fur et à mesure que la saison sèche avance, ils se rapprochent du fleuve. ».
C’est justement une communauté de Peuls bororos semi-sédentaires que « le capitaine » nous invite à aller rendre visite alors que la matinée est déjà bien entamée, non loin du village de Gosso.
Le nez de la barque se fiche dans les herbes, il faut grimper sur le plateau. Bien sûr nous sommes accueillis par des gamins, mais ce ne sont pas les mêmes qu’hier, loin s’en faut !
Il s’agit essentiellement de jeunes bergers. Ils sont habillés traditionnellement de leurs longs vêtements, humbles, poussiéreux peut être, mais « propres ». De plus ils ont visiblement le souci de se protéger du soleil par des chapeaux de paille presque élégants. Si les gamins sont filiformes, c’est là leur nature, ils ne sont pas maigres et leurs visages réjouis n’inspirent aucune inquiétude sur leur santé. Ici, c’est « un bic » « un cahier » qui est réclamé, mais sans agressivité, sans insistance.
Un troupeau d’ânes, passent en galopant sur la piste, je n’en ai jamais vu autant d’un coup, une cinquantaine peut être, ce sont de belles bêtes au pelage gris-beige avec une coulure marron sur les épaules, exactement comme si on leur avait cassé un œuf de peinture chocolat sur le haut de l’échine et que son contenu se soit déversé de façon absolument symétrique. Ils ne font pas pitié non plus, pas comme ceux, maltraités de Niamey, mais peut être bien que c’est la leur prochain devenir…Jean-Claude confirme, « les gens qui ont un peu d’argent investissent dans l’élevage de l’âne, un ânon se vend 50, voir 65 000 frs cfa (environ 75, 100 de nos €uros), un âne en pleine force de l’âge peut se vendre 150 000 frs cfa (230€). Les bêtes sont vendues pour le trait des petites marchandises, légumes, bois, fourrage, paille destinées aux marchés de Niamey. Les animaux peuvent parcourir jusqu’à 100 kms dans la journée sous le soleil écrasant, beaucoup meurent de soif, de faim et d’épuisement, sans parler des coups…. Chaque entrée de la capitale possède son cimetière d’ânes…»
Un vieil homme vient à notre rencontre, nous salue par une chaleureuse poignée de main à chacun, échange avec Jean-Claude il parle un peu le français, il nous conduit vers les premières cases. Là aussi c’est un autre spectacle.
Il s’agit de cases traditionnelles, rondes faites de paille disposées en cercle, comme pour mieux assurée la communauté, avec parfois un enclos sur le devant pour maintenir, autant que faire se peut, les chèvres et moutons à distance de l’espace « réservé » aux humains.
Dans ces courettes, en cette fin de matinée, des femmes s’activent autour de grosses marmites installées sur un feu de bois, d’autres pilent le mil dans ce geste ancestral, image africaine par excellence ! Elles nous sourient gentiment, échangent entre elles, rient de plus belle, sans arrêter leurs gestes, peut être juste l’instant d’une photo, sans rien réclamer pour cela. Elles sont vêtues de boubous aux couleurs vives, certaines portent des boucles d’oreille en or, de fines scarifications soulignent les traits de leurs visages.
Photo n° 26 |
« …leur visage réjouis n’inspire aucune inquiétude quant à leur état de santé… » |
| « …les greniers à mil que la présente saison n’aura pas remplis… » |
Photo n° 27 |
Photo n° 28 |
« …des femmes aux boubous colorés… » |
| « …des scarifications tribales soulignent les traits de leur visage… » |
Photo n° 29 |
Je risque un coup d’œil à l’intérieur d’une de ces cases. Une gamine est occupée à balayer le sol de terre battue. Il y a un grand lit à l’encadrement de rondins, un matelas, des couvertures et une moustiquaire, les objets semblent avoir leur place. Je ne remarque toutefois, comme ailleurs, ni jouet, ni livre.
A coté des cases, des greniers à mil, de même construction, sont perchés sur leurs pieds de bois pour protéger la récolte des « prédateurs » de toute sorte. Je monte à l’échelle, le grenier est rempli à moitié de mil, le reste de l’espace est occupé d’outils agraires, de calebasses, d’objets d’osier tressé ou même de bassines en matière plastique. Notre accompagnateur nous explique : « cette année faute de pluie, la récolte n’a pas été bonne et les greniers ne sont qu’a moitié plein, l’année dernière à même époque il avait fallu construire d’autres greniers ». Un d’entre nous ose une question « cela suffira-t-il jusqu’à la prochaine récolte ? ». Il regarde par terre sans répondre aussitôt, de son bâton trace une croix dans la poussière, comme pour se donner un temps de réflexion, lève les yeux et prononce quelques chose dans sa langue que je traduis personnellement par « on verra ! »
L’espace de la communauté est délimité par une barrière d’épineux que nous franchissons par un petit passage pour se diriger vers un autre groupe d’habitations. En chemin nous croisons assise par terre, à l’ombre d’un manguier, une femme au regard vide, elle peut avoir trente, quarante ans, ses gestes sont désordonnés, elle se retourne sur nous, nous fixe une seconde et nous ignore à nouveau. Comme dirait nos amis allemands, « elle ne semble pas avoir toutes les tasses dans le placard ! ». Notre guide nous explique qu’il s’agit d’une femme découverte il y a quelques semaines par les vachers, déambulant nue, au milieu de la brousse, incapable de dire qui elle était, d’où elle venait. Ils l’ont conduit jusqu’ici, la communauté l’a prise en charge.
A travers les restes d’un champ de mil, nous atteignons la mosquée, case rectangulaire de pisé, aux angles surmontés d’une boursouflure de terre battue, à l’entrée les tablettes de bois avec les saintes écritures et devant, contigu un espace ombragé destiné aux palabres, c’est là que nous nous asseyons un instant pour parler avec le chef du village.
Au même moment, arrive le boucher sur une vielle bicyclette hollandaise, il parcourt la brousse à la recherche de bêtes à acheter ou même à tuer sur place, à découper, en « se payant sur la bête » pour vendre la viande ailleurs, aux grandes pirogues de passage peut être.
Arrive aussi un jeune homme habillé malgré la chaleur d’une « doudoune » qui a du être blanche, un jour, sur quelques pistes alpines, il veut aussi nous montrer ses cases et aussi ses femmes. A quelques pas, nous est offert le même spectacle au milieu d’une cour fermée d’une barrière de végétaux des « ménagères » sont occupées à la cuisine, à la vaisselle, au lavage du linge. Il nous explique que ces trois femmes sont les siennes. Une a déjà un jeune enfant assis entre ses pieds, les deux autres sont enceintes…l’intéressé semble fier de lui. Il veut nous faire un cadeau pour nous remercier de la visite et entreprend une folle course derrière un poulet qui se sauve effrayé, il finit par l’attraper au milieu de la paille d’un champ.
Il cherche du regard de quoi lier les pattes du volatile…je lui tends le morceau de ficelle que j’ai dans la poche…
Il nous faut partir, conformément à l’apprentissage par Jean-Claude aux règles de bonne conduite locales, je remets au chef des noix de cola acheté à Niamey avant le départ, il est tout heureux de ce présent et nous remercie.
Nous reprenons le large.
Les heures de l’apéro, du déjeuner, sont consacrées au même rituel que depuis notre départ, avec autant de raffinement, et nous nous y soumettons avec les mêmes plaisirs.
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Photo n° 30
La chèvre profite d’un moment de distraction des femmes, pour piocher dans la gamelle !
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« …les saintes écritures… » Photo n° 31 |
| « …le boucher passe sur sa bicyclette… » Photo n° 32 |
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Au fil du courant Jean-Claude nous raconte cette page, peu glorieuse, de notre conquête coloniale. En 1899, deux officiers français, à la tête d’une colonne d’exploration, se livrèrent dans cette même région, aux pires atrocités, sur les populations locales. Actions qui entachèrent singulièrement le crédo civilisateur de l’époque.
Il est 15 heures quand nous atteignons l’embarcadère du campement de la Tapoa, au pied du parc animalier du « W », juste avant les courbures du fleuve.
Trois pirogues aux couleurs d’offices de tourisme de Niamey sont déjà accostées. Deux garçons montent à bord de la notre, pour pousser les autres embarcations et nous permettre d’avancer plus loin dans les herbes, nous pouvons maintenant débarquer à pied sec.
Le matériel est déchargé. Un responsable des lieux nous fait visiter. C’est un campement constitué d’une vingtaine de grandes tentes blanches, carrées, disposées en cercle, sur un terrain arboré de 100 m de diamètre environ. Au milieu, un abri couvert, ombragé, offre ses tables et ses bancs. A l’écart un coin cuisine, à l’opposé, les sanitaires, simples, pratiques et propres. Chaque tente est équipée de quatre lits de camp avec matelas, draps, couvertures et moustiquaires. Un jeune couple de francophones en occupe visiblement déjà une, Helmi prendra la suivante, Hauke et moi la prochaine.
Nous embarquons à nouveau pour les méandres du fleuve qui forment à cet endroit en venant du nord comme un « W » et donne son nom au parc situé sur trois pays, le Niger, le Bénin et le Burkina Faso, vaste étendue de savane de plus d’un million d’héctares. Moussa restera là pour préparer le diner.
Le courant est rapide, les eaux remuantes, la pirogue file bon train. Soudain, là devant, à notre droite, un grand espace d’eau tourbillonnante, c’est la rivière Tapoa qui vient grossir les eaux du Niger. A sa rencontre, notre pirogue est tout à coup chahutée, un coup d’œil à Boubacar, il semble d’ébène, le regard fixé sur la rivière, les vives eaux du courant descendant heurtent notre embarcation, qui sous le coup des vagues latérales se cabre pour les surmonter, les embruns éclaboussent les matelas !
Je crus un instant que la déesse des eaux s’était fâchée contre nous pour quelques obscures raisons et qu’elle donnait là des coups dans le fond de la pirogue, mais maintenant que le laptot a réussi à contourner la force vive du courant, tout rentre dans l’ordre et nous pénétrons le premier méandre de ce « W ». Le paysage est sublime, nous voguons au gré d’un rapide courant, sur ce fleuve encaissé entre des rochers de grés jaunes surmontés par des bouquets de rôniers élancés aux touffes hirsutes et frisées comme des tignasses de folles. Là une petite crique rocheuse surplombée par quelques baobabs gigantesques.
« C’est maintenant ! » me crie Jean-Claude, effectivement les eaux sont, à cet endroit particulièrement encaissé, surplombé d’un immense rocher, à nouveau tourbillonnantes, nous sommes arrivés à la passe de Gambou.
Tout en évitant l’œil du tourbillon, le laptot s’en approche suffisamment pour que je puisse remettre l’offrande. Au péril de ma vie, mais pour la sécurité de tous, je jette loin dans l’eau une poignée de noix de cola, obole à « Diko » mère des génies qui demeure en ce lieu et à qui on doit payer notre tribu, sinon…
Nous, nous pouvons atteindre sans risque, le village de Karey-Kopto, le nom signifie écailles de crocodiles, souvenir d’un temps où les pécheurs préparaient, tant de peau de reptiles, pour les vendre, que le sol du village en était recouvert.
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« …même accueil des gamins en délire… » |
| « …au détour d’une « rue » nous découvrons l’atelier du forgeron… » |
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Photo n° 35 |
« …au tableau de la salle de classe « l’ordre est le plaisir de la raison, le désordre est le délice de l’imagination »….. » |
| « …Jean- Claude Berrouet grand amoureux du fleuve Niger et de ses populations en compagnie du chef Adamou Magari… » |
Photo n° 36 |
Nous voici arrivés au village, c’est le point le plus au sud sur le fleuve Niger que nous atteindrons au cours de cette descente. Même accueil des gamins en délire, trop heureux d’avoir de la visite, nous quittons la berge en leur compagnie bien sûr mais aussi sous la conduite de l’instituteur qui à la demande de Jean-Claude va nous faire l’honneur de nous ouvrir sa salle de classe. En chemin, à « un coin de rue » nous croisons le forgeron en plein travail.
Je vous laisse découvrir l’école sur la photo.
Jean-Claude a du matériel scolaire à remettre, mais tout doit être déjà remis au chef, qui redistribuera. Allons donc voir le chef !
En chemin Helmi et moi nous philosophons sur ce que pourrait être ce village avec un peu d’ordre et de propreté. Ce souci ne semble même pas être celui de l’instituteur.
Dans la cour, devant sa maison, nous sommes reçus par le chef Adamou Magari, chef d’une chefferie qui couvrent 12 villages soit environ 6000 personnes, c’est un vieil homme, il a toutefois le sourire toujours présent aux lèvres. Je me demande avec malice, si c’est de penser à sa dernière « femme », la sixième, tout juste âgée de 16 ans, épousée depuis peu. Alors qu’assis j’écoute les discours, on tire doucement mon sac par l’arrière, c’est un petit garçon aveugle qui lui aussi veut « sentir » les étrangers, je le prends par la main et l’invite au milieu du cercle…
Après les réciproques politesses d’usage, traduites par l’instituteur, la remise des médicaments pour l’infirmier qui passe deux fois par mois, la remise du matériel que Jean-Claude fait transiter diplomatiquement par les mains du chef, avant de les remettre définitivement dans celles de l’enseignant…nous regagnons notre pirogue. La lumière baisse et nous avons du chemin à faire, du chemin en remontant le courant décrit plus haut…
Il fait nuit quand nous rentrons au camp. Idrissa est arrivé avec le « 4X4 » avec un jeune guide qu’il a du embarquer à l’entrée du camp. Je m’assure que ni l’un ni l’autre ne manque de rien.
La table a été dressée, là au bord du fleuve et des bateaux, au plus près du coin cuisine. Le repas s’éternise en échanges intéressants sur notre périple, notre journée, les activités de chacun dans la vie…puis chacun se retire sous sa tente pour un repos bien mérité, la journée a été longue et bien remplie.
Une lampe tempête reste de garde devant chaque entrée, pour éloigner un éventuel fauve…
Demain nous quitterons le fleuve Niger, ses rivages et ses images belles, parfois terribles comme nous l’avons vu, mais à coup sûr, inoubliables !
Le levé est prévu à 5h45 pour un départ dans le parc à 7h, mais c’est déjà une autre histoire.
D. Delagneau – Niger Novembre 2007.
° ° °
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9, 10 et 11 novembre 2007.
Texte : Dominique Delagneau
Photos : Helmi Holzheuer photos n° 5 ; 7 ; 11 ;12 ;14.
Hauke Beonert : photos n° 6 ; 9.
D. Delagneau photos de couverture et n° 1 ;2 ;3 ;4 ;8 ;10 ;13 ;15 ;16 ;17 ;18.
Mes remerciements à Helmi et Hauke pour le prêt de leurs photos et à mon épouse, Claire Delagneau, pour la relecture du texte, son contrôle orthographique et de ponctuation.
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…Hauke est un collègue et ami allemand… …quand je lui ai proposé de découvrir le Niger, il a tout de suite accepté… |
Photo n° 1
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Jean-Claude un amoureux du fleuve Niger, passionné de la vie de ses riverains… …bonhomme sympathique et convivial |
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…Moussa chapoté de paille …. …au regard rieur. |
Photo n° 3
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…nous faisons connaissance d’ Helmi passionnée, elle, d’oiseaux rares qui nous a découverts et a pris le risque de voyager avec nous… |
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Photo n° 4
1 ére journée.
Le rendez-vous a été fixé à huit heures précises, à l’écluse de Goudel.
Le dévoué Idrissa, chauffeur du SCTIP, nous y dépose vingt minutes avant. Nous le retrouverons demain soir au campement du « W » avec le véhicule tout-terrain pour la visite du parc. Le jour est à peine levé, il fait une agréable chaleur.
Du milieu de cette nature africaine, une de mes pensées s’envole, en ce neuf novembre, pour un petit village de
Hauke est arrivé depuis une semaine, il est là pour une encore.
Hauke est un collègue et ami allemand, dont j’ai fait la connaissance pendant la coupe du monde en Allemagne. Sa bonne maîtrise de notre langue lui a valu d’accompagner le groupe de personnels français mis à disposition des autorités allemandes.
Son application à servir son institution, son intérêt pour la coopération entre nos services, l’amitié qu’il voue à notre Pays, son goût pour les voyages et sa saine curiosité pour l’étranger nous ont rapprochés, malgré la différence d’âge.
Quand je l’ai invité à venir découvrir le Niger, il a tout de suite accepté.
Les « rebelles » nous privant d’une sereine excursion au Nord, j’ai choisi de « descendre » le fleuve Niger à partir de Niamey, jusqu’au parc du « W », ce qui devrait nous promettre des découverte « non stop » !
Pour cela, il a été fait appel aux services de « Jean-Claude ». Jean-Claude, compatriote amoureux de l’Afrique, qu’il a servi un temps sous la bannière de la coopération française, s’est installé à Niamey pour y vivre sa retraite. Malgré les ans, il reste actif comme un jeune homme, il a ouvert un restaurant sous les manguiers, en pleine nature, sur la rive droite du fleuve, en amont de la capitale.
Le bonhomme est convivial et sympathique et c’est bien volontiers qu’il accepte de partager ses larges connaissances du Niger et de son histoire, l’amour qu’il porte au fleuve et à ses riverains avec ceux qui veulent bien, un moment, approcher à leur tour, toutes (ses) ces richesses. Il n’a pas besoin de site internet ou même de brochures publicitaires pour remplir son carnet de commandes, il n’en voudrait pas, le bouche-à-oreille ou sa version locale, le « tam-tam » des « blancs » fonctionne parfaitement.
Un petit point, là bas, au loin sur les larges eaux boueuses du fleuve encadrées de verdure. Mes jumelles ! Oui c’est bien sa pirogue, je la reconnais pour y être déjà monté, il est à l’heure ! Il me semble déjà vivre une aventure rocambolesque ou le « héros », après son coup d’éclat, attend, dans un coin de brousse, d’être récupéré par les siens.
La barque passe l’écluse et ses eaux vives, un peu plus en aval, s’enfonce le nez dans les hautes herbes. Il nous faut utiliser une embarcation plus petite pour rejoindre le « navire amiral ».
C’est une grande barque d’environ
Le fond est recouvert d’un caillebotis sur lequel sont installés d’épais matelas de mousse habillés de toile rouge qui serviront pour la nuit.
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Photo n° 5 …notre vaisseau amiral… Une longue pirogue de |
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Photo n° 6 …d’épais matelas de mousse nous permettent d’admirer le paysage, installés comme des « rois fainéants »…. |
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Photo n° 7 …Boubacar vêtu de son anorak et de son bonnet …pour être né sur ses rivages, il connaît le fleuve comme sa poche… |
C’est sur celui du milieu, confortablement installée que se trouve déjà notre compagne de voyage, Helmi Holzheuer, de nationalité allemande, épouse de diplomate, qui a profité du périple organisé, pour partir aussi à l’aventure, elle a embarqué un peu plus haut, au départ du « club des manguiers ». Nous faisons connaissance. Les échanges se feront principalement en allemand et en français car la dame maitrise également très correctement notre langue. Après avoir calé nos sacs et installé nos appareils photos à portée de mains, nous prenons à notre tour, place sur les matelas encore libres, Hauke au fond, moi, plus à l’avant, encadrant ainsi Helmi. Les espaces arrière sont déjà remplis de divers matériels utiles pour le campement, de sacs et de glacières contenant à coup sûr les provisions des trois jours à venir.
En plus du « patron », l’équipage se compose de Boubacar le chef « laptot », le chef pilote, il se tient à l’arrière du bateau, il tient le moteur et le gouvernail, homme d’un certain âge, malgré la chaleur matinale, il est vêtu d’un anorak épais et d’un bonnet comme un de nos vrais marins bretons. Né dans un village riverain du fleuve, c’est son monde à lui, il n’a connu que celui-là, il ne parle pas français, aussi, je renonce à regret, à le lui faire raconter.. Jean-Claude me confirme qu’il connaît le fleuve, comme sa poche, pour l’avoir sillonné moult fois et en toutes saisons. Dans les circonstances présentes ses précieuses connaissances fluviales valent mieux qu’une maîtrise de la langue de Molière…
Moussa, plus jeune, filiforme, j’ai du mal à lui donner un âge, souriant complète l’équipe, chapoté de paille il s’est installé, assis en tailleur à l’avant. Comme une figure de proue, il nous tourne le dos et semble figé, la tête fixée vers les eaux. Pourtant, il plonge les mains dans un seau de ferraille, d’où s’échappent quelques fines volutes de fumée, parfois il écarte les bras et ses doigts s’agitent comme pour les dégourdir. Prière, incantation de protection au Dieu du fleuve ?? Il me faut un moment d’observation, pour comprendre qu’en réalité, tel un sémaphore, il fait des signes convenus, au laptot pilote, pour lui indiquer l’état de l’eau ou la profondeur du chenal suivi et que ce dernier, puisse rectifier éventuellement la vitesse et la direction du bateau pour éviter l’échouage.
Le moteur n’est pas bruyant et dans le courant, semble suffisamment puissant. Notre embarcation file bon train sur cette partie nigérienne du fleuve. Long de 4200kms, le Niger prend sa source en Guinée au mont Fouta-Djalon, traverse le pays auquel il donne son nom, sur 500kms dont nos comptons bien en parcourir 180, et continue sa course à travers le Nigéria pour se jeter dans l’océan Atlantique.
L’aventure, la vraie avec un grand « A » peut commencer, enfin, va commencer….
Nous sommes encore au milieu de la « civilisation ».
Niamey se réveille dans un nuage de poussière et de fumée. La saison d’hivernage a débuté. Avec elle est arrivé, l’harmattan, ce vent descendu du Sahara, qui entraîne avec lui une fine poussière de sable dont j’ai déjà décrit les méfaits sur les êtres et le matériel. De plus les citadins et les villageois de la périphérie de la capitale brûlent le soir leurs ordures ménagères, la chaleur bloque la fumée, qui s’étale en nappes d’un brouillard bleuté sur la surface paisible du fleuve, et qu’aucun souffle nocturne ne vient chasser.
Sur les hauteurs, le palais présidentiel est déjà illuminé par le soleil naissant à l’est, la somptueuse demeure se détache de son écrin de verdure, plus loin les hôtels et immeubles du centre ville semblent s’être étalés juste à la sortie du pont Kennedy, dont nous passons déjà les arches de béton. A notre droite, au pied du pont, rive droite, des hommes courent et s’interpellent sur une mer de potirons, qu’ils débarquent d’immenses pirogues colorées venues du Bénin voisin. Le regard se porte à nouveau sur la rive gauche pour un dernier coup
d’œil à la corniche Gamkallé.
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Photo n° 08 …les hommes courent et s’interpellent sur une mer de potirons, qu’ils débarquent d’immenses pirogues colorées venues du Bénin voisin, et destinés au marché local… |
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Photo n° 09 …un dernier coup d’œil à la corniche Gamkallé………bientôt nous quitterons la « civilisation »… |
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Photo n° 10 ….sur leur minuscule pirogue les pêcheurs se livrent à leur activité…. |
Je fais remarquer à Hauke, tout là-haut la plate forme, celle du restaurant où hier soir encore, nous sirotions une « Flag » bien fraîche !
Bientôt l’habitat se fait rare, outre les jardins et quelques lignes téléphoniques qui courent le long du rivage, les signes de civilisation s’estompent, avec elle ses méfaits, l’air devient plus clair, les couleurs plus vraies, les bruits plus naturels, les chants d’oiseaux sont perceptibles, enfin la « Nature » ! Poussés par le doux ronronnement du moteur, nous nous enfonçons presque en silence dans le « sauvage »….
Plus personne ne parle à bord, tout est calme et tranquille autour de nous, l’étrave de la pirogue fend l’eau en silence, chacun de nous est comme fasciné par cet environnement en mouvement, les rives s’étalent en un dégradé de couleurs, du vert assuré des rizières jusqu’à l’ocre des collines. La poussière, la fumée, ont disparu, loin de la grouillante agitation des masses humaines, l’air s’est purifié encore, le soleil s’est élevé dans un ciel azur, mais l’eau, toujours fraîche de la nuit, tempère ses ardeurs, il fait agréablement frais sur cette pirogue. Allongés comme des « rois fainéants » sur nos matelas, nous profitons dans les meilleures conditions, pleinement du tableau offert à nos yeux que seules quelques aigrettes blanches viennent rayer de leur vol glissant.
Personne ne semble vouloir rompre le charme, pas une parole, pas un mot …mais si Moussa ose !
Pour lui, vieil habitué du fleuve, le charme n’opère plus comme sur les profanes que nous sommes, et de plus, c’est pour une bonne cause.
Galant, il propose en premier à la dame, en lui tendant un petit verre rempli : « Du thé ? »
« Le premier est amer comme la mort, le second est dur comme la vie et le troisième est sucré comme l’amour » ajoute-t-il, en souriant malicieusement.
C’était là, l’explication ! Il avait installé au fond du seau, pour le protéger de l’air trop vif de l’étrave, son brûlot, fils de fer torsadés sur lequel se consument, incandescents, de petits morceaux de charbon de bois, où va bouillir l’eau de la théière. Thé, sucre, versés plusieurs fois du verre à la théière et de la théière au verre, dans un geste de levée, de versement, sûr et précis. Chacun d’entre nous se soumet avec plaisir, au rituel des trois thés.
La largeur du fleuve varie entre 200 et 300m entre août et septembre. Durant la saison des pluies de juillet à octobre, cette largeur peut atteindre 1km, c’est la première crue. L’eau tombée dans son cours supérieur, Guinée et Mali parvient au Niger à partir de fin novembre, provoque parfois une seconde crue, ce ne devrait pas être le cas cette année qui semble déficitaire en pluie. Mais ce n’est pas encore l’étiage est la navigation est aisée.
Cette bande de terre fertile et bien arrosée tout au long du fleuve, que nous suivront partiellement, est le seul véritable réservoir de richesses du pays en matières, d’agriculture, d’élevage, de pêche et de chasse. Même si ce n’est pas l’abondance, les populations riveraines y vivent plus à l’aise qu’ailleurs sur le territoire, « les peuls sont venus s’y fixer en raison de la richesse des pâturages » me confirme Jean-Claude.
Voici plus de deux heures que nous naviguons, le thé est passé…et Jean-Claude nous propose un arrêt physiologique. Il connaît bien les besoins de ses clients…. Un signe au laptot et la barque se dirige vers une berge de la rive gauche au niveau du village de Kolo.
On représente parfois le paradis par un bel endroit bordé d’une rivière, tapissé de tendre verdure, piqueté de fleurs blanches, le tout inondé d’une douce lumière où
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Photo n° 11
…un bel endroit bordé d’une rivière, tapissé de tendre verdure, piqueté de fleurs blanches ou s’égaieraient des oiseaux de toutes sortes….
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Photo n° 12
…et même des aventuriers !
s’égaieraient des libellules bleutées et des oiseaux multicolores…sur un fond musical offert par les criquets, eh bien ! Nous y sommes arrivés.
Je ne peux pas m’empêcher de laisser échapper : « C’est l’Afrique que j’aime ! », je vois à leurs yeux émerveillés, qu’ils partagent la même émotion.
Bientôt nous pouvons repartir, à regret. La rive s’écarte de nous, comme si nous ne méritions pas ce paradis, dérivant à la surface des eaux. Je fixe cette image paradisiaque, je ne suis pas certain d’en revoir une jamais !
Seule ombre à notre arrêt, cet abri en contre bas d’une digue, d’où sortent de gros tuyaux plongeant dans l’eau du fleuve. Nous nous approchons Hauke et moi, ah, ces deux là, curieux de tout ! Par les interstices d’une porte de fer, nous apercevevons une grosse pompe avec une plaque écrite en japonais vraisemblablement. L’état de rouille de l’engin nous indique qu’elle ne fonctionne plus depuis longtemps. Interrogé Jean-Claude nous confirme :
« C’est un cadeau de la coopération japonaise pour l’irrigation, mais faute de moyens les paysans n’ont pas pu l’entretenir correctement et la première panne lui a été fatale, ils ont du reprendre l’âne et le bidon… » Je laisse le lecteur libre de toute réflexion….
A nouveau notre pirogue file, bonne allure au gré du courant et le paysage défile varié, changeant dans la lumière du soleil déjà haut, jamais ennuyeux. Le fleuve et les berges se sont animés. Nous croisons des pécheurs se livrant à leur activité à bord de leur minuscule pirogue.
De plus grosses embarcations commerciales identiques à celles rencontrées au pont de Niamey, venant du Bénin, remplies de toutes sortes de marchandises ou même de familles entières se déplaçant le long du fleuve sans soucis des frontières à la recherche d’un « meilleur vivre ». Notre laptot est hélé, salué « Lamparo ! Lamparo ! » C’est son surnom, cela veut dire « petit tonneau », sobriquet hérité du physique paternel. Il connaît tout le monde sur le fleuve et tout le monde le connaît, il est interpellé sur le devenir d’un tel, apprendre si nous avons déjà rencontré tel autre. Les nouvelles s’échangent au cours de ces rencontres furtives, plus surement que par une poste inexistante. Sur les rives, des hommes s’activent dans les jardins ou les plantations. Des femmes courbées ou à genoux, agitent leur linge dans le courant ou frottent de grosses marmites noircies. Une nuée de gamins nus les entourent, qui ne manquent pas de nous saluer, de nous crier des « bonjour ». Leurs voix juvéniles ricochent sur l’onde, ils accompagnent un moment notre course, pendant que leurs aînés nagent et plongent au milieu des animaux qu’ils ont conduits ici, pour les abreuver. Le fleuve est lieu de vie, de communication et d’échanges.
Nous nous dirigeons vers Say, prononcez « Saille ». Helmi qui parle bien français donc et connaît notre pays, ne manque pas de faire le jeu de mot avec la ville du « Roi Soleil », alors que nous sommes à proximité de cette ville marché.
A peine accostés, nous sommes encerclés, par une même nuée de gamins morveux, en haillons, qui mendient, quémandent ce que nous aurions à offrir : « Cadeau ! Cadeau ! ». Depuis le début de mon séjour, je suis toujours désolé de constater que c’est un des rares mots qu’ils connaissent de notre langue. Ils le clament sans l’entourer de ces moindres compléments de politesse, enseignés dés notre plus jeune âge, à accompagner toute demande, comme si notre culture ne leur avait appris qu’à recevoir impérativement et gracieusement !
Il est vrai que pour ces populations, que leurs dirigeants laissent démunis, nous apparaissons comme des nantis. L’éducation et la politesse doivent être aussi des richesses inaccessibles pour eux. Il est clair que ce ne sont pas là, des qualités innées et dont on les prive également.
A coté de nous se déroule une autre scène extraordinaire. Un groupe d’une douzaine d’hommes, torse nu, la peau luisante de sueur sous le soleil de midi, dans l’eau jusqu’à la ceinture, tentent de hisser sur une énorme pirogue, par l’avant une vielle fourgonnette « Peugeot », engagée dans l’élément liquide jusqu’aux portières. Cinq ou six autres, attendent sur le rebord de l’embarcation que le véhicule arrive à bonne hauteur pour le saisir. Plusieurs tentatives restent vaines pour soulever l’engin, qui compte tenu de son état de délabrement pourrait se rompre en deux à tout moment au risque d’éventrer quelques porteurs.
Je me mêle de l’affaire et leur conseille de tenter de la soulever par l’arrière, moins lourd, elle basculera ensuite plus aisément. Un, traduit mes propos, après quelques minutes de palabres, le groupe acquiesce. La voiture est retournée, la manœuvre reprend. Si maintenant elle est presque à la verticale du bord, elle n’est pas encore embarquée …devant cette scène surréaliste, Helmi doute de l’issue heureuse de la manœuvre.
Nous ne saurons pas, nous devons reprendre le large…après que Jean-Claude ait salué et gratifié les autorités locales comme il se doit.
Nous reprenons notre « route » le soleil est maintenant au zénith. Le laptot opte pour le coté droit du fleuve, les eaux calmes, s’étalent paresseusement dans une plaine immense, vaste dépression, elles semblent peu profondes. Il faut toute la science d’un laptot chevronné, guidé par les signes de Moussa, pour trouver le meilleur chenal.
De loin on aperçoit des villages qui forment à la surface des eaux comme des ilots de paille, de terre séchée, d’argile ocreuse ou grise où s’agitent de petits personnages au bord de la rivière accompagnés d’animaux.
Voici une bonne demi-heure que nous avons passé le village de Doguel Kena, peuplé d’environ 700 âmes zarma, construit autour d’une source d’eau potable, précieux élément de vie. Quant à nous, à bord, nous devons boire aussi ! Jean-Claude a tout prévu, « C’est l’heure ! » dit-il, en sortant de la réserve, une bouteille de fine anisette de Marseille, qui allongée d’eau fraîche, rafraichie encore de glaçons, accompagnée de cacahuètes et de pralines nous fait un merveilleux apéro désaltérant auquel l’endroit et l’instant donne un charme tout à fait exceptionnel. Mêmes mes amis allemands n’y dérogent pas pour une bière ! « Elle ’est pas belle la vie !! »
Il est maintenant presque 13 heures, le « capitaine » donne à l’équipage les instructions nécessaires à la recherche d’un endroit pour déjeuner…
Là, une berge de la rive droite, en pente douce, semble nous attendre, verdoyante, souriante, accueillante. Nous avons parcouru plus de 100 kms depuis le départ de Niamey. Dans un bruissement d’herbe froissée, la pirogue s’immobilise sur la rive. Moussa a déjà sauté, enfoncé le piquet et amarré notre vaisseau.
Les trois voyageurs mettent le pied sur cette terre vierge, un peu comme Christophe Colomb aux Amériques, si, si !! …..Ah non ! Un peu plus loin, nous découvrons des traces de pas dans la terre meuble, et des bouses de vaches séchées, tant pis ! L’endroit est beau !
Il s’agit d’une petite clairière herbeuse d’un vert tendre encerclé par de gigantesques acacias aux feuillages épais qui nous assurent une ombre rafraichissante et où se disputent des merles métalliques à longue queue, accompagnés dans leur ronde bruyante, dans les étages inférieurs par de minuscules petits oiseaux rouges.
Après avoir aidé l’équipage à décharger le matériel nécessaire à la préparation du déjeuner, « risque-tout » jusqu’au bout, Hauke et moi nous partons à l’exploration du lieu.
Derrière le rideau des épineux, s’étalent d’autres arbres plus malingres, qui s’estompent bien vite pour laisser la place à une savane aux hautes herbes encore vives, vite nous pataugeons dans un marigot laissé par les dernières pluies, désespérés nous ne rencontrons aucun crocodile, aucun lion. Au-delà, une piste poussiéreuse où passe un troupeau de bovins nonchalants conduits par un gamin, qui déjà, nous fait des grands signes ava